Auteurs et autrices : Stéphane Amant, Clément Mallet, Nicolas Meunier, Marion Subtil, Carles Ponsa Sala, Louis Delage, Apolline Riet, Juliette Sorret, Thibault Belin
24 juin 2025
Malgré sa forte émergence sur le marché de l’automobile, la voiture électrique reste encore souvent pour le grand public un objet de méfiance car elle soulève de nombreuses questions avec des avis contradictoires. Carbone 4 vise à éclairer le débat pour démêler le vrai du faux en répondant à ces questions avec une approche scientifique et chiffrée.
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L’impact carbone
1. Les émissions liées à la fabrication de la batterie sont-elles prises en compte dans les comparaisons carbone ?
L’empreinte carbone d’un produit est calculée en comptabilisant les émissions de gaz à effet de serre significatives sur l’ensemble de la durée de vie du produit, de l’extraction des matières premières à sa fin de vie. Par ailleurs, dans tous les calculs qui suivent, nous avons retenu une durée de vie de 12 ans pour les véhicules, conformément aux standards de comptabilité carbone en entreprise. En réalité, un véhicule circule plutôt une vingtaine d’années : prendre 12 ans au lieu de 20 augmente les émissions calculées (gCO2e/km) aussi bien pour les véhicules thermiques que pour les électriques, mais cela tend à réduire l’avantage du véhicule électrique. Ainsi, pour calculer l’empreinte carbone d’une voiture, nous considérons non seulement les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises lors de l’utilisation du véhicule, mais également les émissions de GES émises en amont (fabrication de la batterie, production d’électricité pour alimenter la voiture, etc.) et en aval (traitement du véhicule en fin de vie, recyclage de la batterie, etc.).
2. Kilomètre pivot : au bout de combien de kilomètres la voiture électrique est-elle mieux que la voiture thermique en France ? Ou plutôt, pourquoi cette question est-elle mal posée ?
Produire une voiture électrique émet plus de gaz à effet de serre (CO2e) que son équivalent thermique, c’est avéré, essentiellement du fait de la fabrication des batteries. Ce serait un problème pour le climat si ce CO2e excédentaire n’était pas plus que largement compensé par les réductions d’émissions à l’usage. Or, c’est bel et bien le cas puisque sur sa durée de vie en France, une voiture électrique émet globalement 2 à 3 fois moins de CO2e que son équivalent thermique. En fait, la question est mal posée et sert surtout par sa sémantique à décrédibiliser le véhicule électrique. Nos évaluations montrent qu’il faut rouler autour de 30 à 50 000 km (soit environ 3 ans d’utilisation pour un usage moyen) pour que la voiture électrique devienne meilleure pour le climat que son équivalent thermique. Or, une automobile sur sa durée de vie va parcourir de l’ordre de 200 000 km (la longévité des batteries n’est absolument pas un obstacle pour cela, au contraire[1])… de sorte que tout véhicule électrique mis en circulation aujourd’hui à la place d’un véhicule thermique permet de fait de réduire les émissions de manière incontestable sur sa durée de vie. Le seul point d’attention pourrait concerner ceux des « seconds » véhicules des ménages qui roulent très peu, typiquement moins de 3 000 km par an. Mais en pratique, le faible coût kilométrique des voitures électriques est une incitation forte à les utiliser, si bien que ces seconds véhicules peuvent devenir les premiers en termes d’usage.
Empreinte carbone moyenne d’une voiture vendue en 2025 en fonction de son kilométrage – Segment D | gCO2e/km